15/06/2008

Avril 2008 - Conférence d'Oslo

Communication faite à la Conférence européenne sur la méthodologie du travail social de rue, Oslo, avril 2008 :

MODELE CONGOLAIS DE L’ENCADREMENT DES ENFANTS EN RUPTURE FAMILIALE

Par  Edho MUKENDI KAFUNDA coordonnateur du Comité d’Appui au Travail Social de Rue en RDC (CATSR)
INTRODUCTION

De plus en plus, la question de l’enfance en rupture familiale s’internationalise
. Il y a, sous peu, elle concernait pratiquement les nations en développement préoccupées par une instabilité institutionnelle chronique, voire endémique. Mais aujourd’hui, même les pays développés du Nord connaissent le phénomène de l’enfance en rupture familiale. D’où, l’intérêt  croissant que le monde, via le système onusien et par le biais des mouvements associatifs nationaux ou internationaux, accorde à la méthodologie appropriée pour une meilleure réinsertion des enfants en rupture familiale. 

Engagée dans un conflit armé respectivement avec les pays voisins et les différents groupes rebelles endogènes, la RD Congo, notre pays, n’est pas en reste de quête des alchimies mentales les meilleures pour réinsérer les nombreux enfants en rupture familiale qui pullulent dans les grands centres urbains en particulier.
 
Dans la présente note sur le thème, le Comité d’Appui au Travail Social de Rue en RD Congo,  CATSR en sigle, tente de s’appesantir sur le modèle  congolais de l’encadrement et de protection des enfants dits de la rue. Pour ce faire, notre exposé va s’articuler autour de :
 I.                La Description du contexte de la rupture familiale de l’enfant ;
II.              L’Approche méthodologique en vogue pour une meilleure réinsertion des enfants en rupture familiale ;
III.            Les recommandations.

 I.                DESCRIPTION DU CONTEXTE DE LA RUPTURE FAMILIALE DE L’ENFANT AU CONGO 

Le phénomène des enfants de la rue communément appelés « Shegués », « Phaseurs » en RD Congo s’est accentué avec la crise multiforme, multisectorielle qui s’est abattue sur notre pays à partir des années 80 et 90. Il s’est enraciné dans la société en général et dans les grandes villes en particulier au cours des années 2000.  

A la base de cette situation, on épingle la déliquescence de la puissance publique, la dégradation de la condition sociale du peuple, le non paiement des salaires des travailleurs, le pillage systématique des entreprises, unités industrielles et maisons  de commerce en 1991 et 1993  qui ont mis en chômage plusieurs chefs de familles. 

Incapables de subvenir aux besoins vitaux de leurs familles , de satisfaire aux exigences de l’éducation, de l’alimentation, du logement et de la santé de leurs rejetons, bon nombre de parents congolais ont vu leur autorité, leur emprise et leur ascendance sur les enfants sapées et diminuées.

Face à cette carence endémique de l’influence des parents, due surtout  au manque des moyens vitaux d’existence, la plupart des enfants ont carrément déserté les toits familiaux pour élire domicile dans la rue et sur les places publiques. 

De la même manière, devenu pratiquement inopérant, l’Etat congolais a cessé de  jouer, depuis belle lurette, son rôle de protecteur des enfants et de régulateur des conflits.

Pourtant, la RD Congo, notre pays, dispose d’une gamme des lois et règlements inhérents à la protection des enfants et à la répression des comportements délinquants qui datent de longues années.

Du fait de la faiblesse notoire de l’appareil de l’Etat, la puissance publique a laissé se développer dangereusement le phénomène des enfants de la rue qui, à la suite de la démission des institutions municipales,  territoriales et judiciaires, se comportent comme dans une jungle. D’où, le rôle de plus en plus visible joué depuis des années par des Associations sans but lucratif, des ONG nationales et internationales et des partenaires bilatéraux ou multilatéraux dans la prise en charge du destin des enfants de la rue pour soustraire ces derniers de plusieurs risques et dangers. 

II.  APPROCHE METHODOLOGIQUE DE REINSERTION DE L’ENFANT EN RUPTURE FAMILIALE EN RDCONGO Depuis la mise en place des institutions du dialogue inter-congolais de Sun City, en juin 2003, deux approches de réinsertion des enfants en rupture familiale fonctionnent en RD Congo sans toutefois procéder de la même manière. Il y a d’un côté l’approche gouvernementale de réinsertion ; et de l’autre, la méthode des organisations de la  société civile. II.1 L’APPROCHE GOUVERNEMENTALE DE REINSERTION Avec le concours des partenaires internationaux que sont l’ONU, l’union européenne, l’union africaine et les Etats-Unis d’Amérique, le gouvernement congolais, qui avait  reçu mandat du dialogue inter-congolais de l’Afrique du sud, a mis en place le mécanisme DDR à savoir Démobilisation, Désarmement et réinsertion. C’est un programme qui concerne les enfants associés aux forces et groupes armés qui trouve son fondement juridique dans le protocole additionnel de la convention des Nations Unies relatives aux droits de l’enfant concernant l’implication des enfants dans les conflits armés, (articles 1,2,4,6 et 7). 

Placé sous la gestion technique de la Commission Nationale de Désarmement et Réinsertion, (CONADER) en sigle, ce  programme DDR a connu diverses fortunes dans son application dans ce sens que les enfants ont beaucoup tardé à être retirés des unités.

En plus, la réadaptation physique et psychologique des enfants démobilisés a continué à poser problème. Logés dans les camps, hôtels transformés en centres d’accueil, le décor rappelait aux enfants démobilisés leur passé militaire. Tandis que d’autres arrivent difficilement à se libérer  de la violence mentale.

Autrement dit, si le désarmement et la démobilisation des enfants associés aux groupes armés ont été effectifs suivant le programme gouvernemental DDR, leur réinsertion n’a rien de réussi. Raison pour laquelle, d’autres approches et méthodologies  sont d’application  dans les milieux associatifs pour corriger les inadéquations du programme DDR en vigueur chez les officiels congolais. 

II.2. L’APPROCHE EN VOGUE DANS LES MILIEUX NON GOUVERNEMENTAUX 

Abordant la question des enfants en rupture familiale dans la ville-province de Kinshasa, le Document stratégique de réduction de la pauvreté (DSRP) élaboré par  le Ministère du Plan,  en avril 2005, catégorise les personnes vivant dans la rue de la manière suivante : les enfants abandonnés, les enfants orphelins d’un ou de deux parents, les enfants dits sorciers, les enfants déplacés de guerre et non accompagnés, les jeunes adultes « shegués » parmi lesquels  figurent de nombreux voleurs, et les enfants issus des unions des jeunes adultes « shegués ».

On estime à 25.000 le nombre d’enfants de la rue pour la seule capitale congolaise où ils ont investi les grandes artères de la ville, les devantures des magasins, les marchés et autres lieux publics. 

  Détestés pour leur manque de savoir-vivre et leur penchant aux violences, vols et autres actes de vandalisme, ces enfants en rupture familiale du Congo  sont en insécurité permanente et constituent une sorte de bombe à retardement pour la République et ses habitants. Toutes les répressions des pouvoirs publics à leur encontre et autres actes de ressentiment de la population à leur endroit n’ont pas apporté le résultat escompté c’est-à-dire faire changer de vie à ces marginaux. 

Cependant, plusieurs ONG congolaises, seules ou en partenariat avec les ONG internationales et autres bailleurs de fonds, ont entrepris d’encadrer  ces enfants afin de leur réinsertion dans la vie nationale et familiale.

Les moyens  utilisés pour y parvenir divergent même quand ces organisations poursuivent le même but.

Ainsi, trois approches ont été mises à contribution : la recherche, le renforcement des capacités et enfin le lobbying et la prévention. II.2.1. Le travail de recherche Convaincus que le phénomène « Enfant de la rue » constitue, pour la société congolaise,  un  péril en la demeure, les travailleurs sociaux de rue ont misé d’abord sur la disponibilisation des informations fiables à ce sujet et  s’attèlent à  rassembler des  indicateurs sur les aspirations, désirs et causes  qui sont à la base de la rupture sociale des enfants.

Un recensement des enfants de la rue a été organisé dans la capitale congolaise.  Les statistiques  ainsi recueillies orientent les mesures et décisions des pouvoirs publics, les bailleurs de fonds et autres partenaires intéressés.

Il convient de souligner que les statistiques disponibles  renseignent sur la situation des enfants en rupture familiale et les moyens à mettre en œuvre dans le but de planifier les interventions en leur  faveur. Ce, en tenant compte des centres d’intérêt mentionnés  dans la Convention relative aux droits de l’enfant : la  survie, le développement, la protection et l’opinion  de l’enfant. II.2.2. Le travail de renforcement des capacités des opérateurs sociaux Face  au déficit avéré d’analyse, de capacité managériale et conceptuelle dans le chef de plusieurs opérateurs sociaux, des séminaires, ateliers, colloques, tables- rondes et autres forums ont été organisés avec le concours des partenaires du Nord au profit des travailleurs sociaux de rue du Congo depuis des années. Durant ces rencontres de renforcement des capacités des membres des ONG, les connaissances  théoriques ont été transmises, les expériences échangées par des personnes ressources.   II.2.3. Le travail de lobbying et de prévention Comme il fallait s’y attendre, le travail de terrain a toujours été précédé par des tournées et campagnes de sensibilisation et de lobbying, œuvre des ONG et cartels, auprès  de l’Etat, des chancelleries et autres corps constitués présents à Kinshasa.  Véritable plaidoirie en faveur des enfants de la rue, ces tournées et campagnes ont consisté à exhorter l’Etat congolais à améliorer les conditions salariales des chefs des familles en vue de leur permettre de subvenir aux besoins  et désirs de leurs rejetons. Dans le même  temps, une pression croissante des ONG congolaises, appuyées par leurs homologues  internationales, est sans cesse exercée  sur l’Etat congolais pour pousser celui-ci à appliquer les lois et règlements relatifs à la protection de mineurs d’âge et enfants en conflit avec la loi conformément aux instruments juridiques internationaux.  Dans le même registre de travail  de travail de lobbying, plusieurs travailleurs sociaux de la RD Congo sont portés à innover en matière de réinsertion des enfants en rupture familiale.  Cette innovation, qui tient compte du cercle vicieux des méthodes d’encadrement  en aval, consiste à traiter la question en amont. C’est ici le lieu de souligner la démarche qui consiste aujourd’hui à remonter jusqu’aux familles biologiques ou sociologiques  des enfants de la rue afin d’identifier les causes qui ont milité en faveur de la désertion des enfants vers la rue.  Puisque le plus souvent, il s’agit d’un problème de pauvreté matérielle criante qui rend les familles incapables de  gérer leurs membres jeunes,  certaines ONG penchent sur l’élimination, tant soit peu, de ces causes. Des fonds  sont accordés aux parents sous forme de micro-crédits encadrés dans le but de permettre à ces derniers d’être à même de satisfaire  aux désirs des enfants réintégrés.             III. RECOMMANDATIONS Les membres du Comité d’Appui au Travail Social de Rue  ont profité de ma présence ici pour vous faire  quelques recommandations dont voici les plus importantes : III.1. La  pauvreté criante étant la cause principale de la désertion des enfants de leurs familles, il est souhaitable que la communauté internationale aide à sa réduction en influençant les politiques des dirigeants congolais ; III.2. Alors que le Gouvernement congolais paie copieusement les membres des institutions publiques, preuve que les moyens existent, la communauté internationale  est invitée  faire pression  sur les dirigeants congolais pour qu’ils versent des salaires décents aux employés  qui sont des parents afin de combattre l’incapacité de prise en charge des enfants. CONCLUSION Comme dit un slogan du Ministère congolais de Genre, Famille et Enfant, « la rue n’enfante pas ». Les enfants dits de la rue en République Démocratique du Congo constituent  donc un phénomène de société issu de la pauvreté criante qui sévit dans la plupart des familles.  Du point de vue préventif, la meilleure méthode de résoudre cette équation l’équation « Enfants de la rue », consiste à réduire sensiblement la pauvreté dans cette partie de la planète.  A cet effet, le rôle de l’Europe, continent lié à l’Afrique par l’histoire de la colonisation,  est déterminant.  La meilleure approche  pour l’Europe de  se mettre à l’abri de l’immigration des jeunes congolais en particulier, et africains en général, consiste à travailler avec les opérateurs sociaux et les décideurs politiques du Sud dans le but d’améliorer le vécu quotidien  des populations des pays africains dont les jeunes.  Dans cette optique, permettez-nous de saluer l’implication de Dynamo International dans l’action des travailleurs sociaux de rue congolais en nouant un partenariat actif avec un groupe des ONG congolaises. Ce partenariat a donné naissance au Comité d’Appui au Travail Social de Rue, CATSR en sigle. Nous lançons un appel à d’autres structures européennes de suivre l’exemple de Dynamo International. 

Nous  vous remercions.

20:35 Écrit par Le Catsr dans Rapports | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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